Approche de Bill Linzie

hund heidhinn Le 17/07/2015 à 08h1

Comme première contribution à ce fil, je poste ici le résumé de l'article de Bil Linzie sur la spiritualité.
Bien entendu, j'ai essayé de faire un résumé honnête et les opinions exprimées dans ce résumé ne m'engagent pas, sauf erreur ou incompréhension de ma part.



Un résumé des 55 pages de ‘Germanic Spirituality’ par Bil Linzie



Bil Linzie (‘il’ dans la suite) désire nous montrer l’importance de facteurs méconnus dans le processus d’adoption d’une religion, en particulier pour les reconstructionnistes Ásatrú (en passant : il utilise une forme correcte ‘ásatrúarmenn’ pour les désigner). Pour ceci, il introduit et différencie deux types de connaissances.
Il appelle « body of knowledge (corps de connaissances) » religieuse toute la connaissance descriptive qui permet de caractériser la pratique d’une religion. Typiquement, les trois ‘haill’ pendant un blót font partie d’une connaissance descriptive.
Il oppose à ces connaissances descriptives celles sur les actions à accomplir qu’il appelle « world view (vision du monde) ». Classiquement, les dictionnaires définissent en effet une ‘vision du monde’ comme une collection de croyances qui décrivent comment il est possible d’observer et d’interpréter le monde qui nous entoure (‘univers’ ). Il utilise une définition un peu plus précise que celle des dictionnaires : ce sont les façons d’agir qui nous sont dictées par notre environnement social. Ainsi, l’univers dont il parle est celui de la société germanique ancienne et les actions sont celles qui assurent la cohérence de cette société telle que nous la connaissons par toutes les sources ethnologiques, poétiques, littéraires (les sagas), mythiques et ethnologiques (comportements et légendes anciens).
Il développe alors, de la page 9 à la 41, une argumentation complexe pour arriver à une nouvelle définition de la spiritualité, qui est en fait inspirée son idée de vision de monde spirituel germanique. La voici : « spiritualité : elle devrait être considérée comme l’ensemble des actions qui accordent (il dit : « align ») au mieux l’individu avec ses dieux, sa communauté et sa famille, accroissant ainsi sa valeur (weorþ) [Anglo-saxon pour ‘valeur’] et sa chance ».

Cette argumentation complexe consiste en une analyse de la façon dont les religions New Age se construites en accolant des pièces de religions anciennes sans respecter la civilisation ancienne qui les a engendrées. Prenons l’exemple de la notion disputée de classe. Dans notre société, la notion de classe existe mais « elle est reliée au revenu financier de l’individu ». Dans les religions New Age, on rejette la notion de classe, sans doute parce qu’elles « confondent le concept de classe sociale avec la discrimination par la race ou le genre ». Dans la religion germanique ancienne, elle existe sous une forme très différente de celle de notre société. Ce ‘classement’ se fait en utilisant trois critères principaux.
Le premier critère est celui des « nobles qualités » comme, par exemple, celles construites par McNallen. Bien entendu, il faut qu’elles soient reliées de façon étroite à notre tradition. Il propose une autre suite des neuf qualités, une première version de 1970 qui est plus proche du Hávamál et du Sigdrífumál [Je vais la traduire et l’introduire dans le fil de discussion Les neuf vertus odinistes ].

Le deuxième critère est celui de la division entre ceux qui sont ‘à l’intérieur’ et ceux de l’extérieur’. La cellule élémentaire insécable est constituée par la famille (et non pas par l’individu). Elle constitue le premier des ‘intérieurs’. Cette famille se réunit au sein de communautés. [Je rajoute ici mon grain de sel. Plus encore que sa description de la communauté, le Hávamál définit très bien ce que sont les ‘amis’ avec qui on est lié par contrat (l’intérieur de la communauté) et les non-amis (l’extérieur de la communauté).]

Le troisième critère est celui des relations avec les dieux. La forme moderne consiste à s’adresser directement aux dieux, sans prendre en compte l’existence de la communauté qui a ses propres règles. La forme germanique ancienne consiste à s’adresser d’abord à ses ancêtres et aux entités intermédiaires comme les landvættir, la Fylgja familiale, autres ‘esprits’ familiers. S’adresser aux dieux demande une forme d’esprit particulière que tout le monde ne possède pas.

Il conclut en donnant les 9 règles qui doivent être respectées pour que la reconstruction de l’ásatrú. Elles résument l’argumentation dont je viens de donner un exemple résumé.

LES NOTES DE « UNCOVERING… » sont rajoutées ici en rouge.




1. Accepter que l’Ásatrú en tant que vision du monde est probablement complète (même si non totalement bien interprétée) et se tient à elle seule.
Croire que devenir un ‘Heathen’ consiste en un simple échange de religions n’est rien d’autre qu’un bagage égaré du 20ème siècle. Un telle attitude traduit un manque de compréhension profonde de la vision du monde.

2. Accepter que l’Ásatrú en tant que religion est l’expression de la culture sous-jacente.
(pas de commentaire ajouté)

3. La spiritualité Ásatrú est fondée sur une interaction avec le monde réel d’une façon qui conforte le bien-être de la famille et de la communauté.
Ceci est exactement la différence entre une religion de l’acceptation du monde et celles de du rejet du monde.

4. « La récompense finale » [après la mort] est directement liée aux souvenirs qu’on laisse derrière soi après sa mort.
Les concepts de réincarnation, rédemption (Eng. : salvation), jugement par une divinité, ou de récompenses spéciales après la mort n’ont jamais fait partie du mode de vie viking germanique ; ces concepts sont plutôt les marques typiques d’une religion du rejet du monde et ont commencé à apparaître au temps de la conversion au christianisme. Ce qui caractérise les religions de l’acceptation du monde, comme la religion des grecs anciens, le Shinto, les religions tribales, c’est de comprendre et se satisfaire que l’on ait ajouté quelque chose à son clan par une vie de bon travail, et ainsi laisser derrière soi de bons et affectueux souvenirs, de sorte que l’on soit bienvenu(e) au pays des mort.
5. La famille est la plus petite unité définie dans l’Ásatrú. L’individualisme robuste est un concept à la fois étranger et moderne.
L’individualisme est profondément ancré dans la mode de vie américain avec quelques exceptions comme les amérindiens et les amish qui ont conservé le vieux concept germanique de communauté. Cette idée d’individualisme est si fortement ancrée dans la pensée et la philosophie américaine qu’elle teinte chaque aspect du mode de vie américain. Au temps vikings, l’individualisme n’était pas une philosophe personnelle et individuelle mais comment un individu pouvait améliorer par ses talents personnels à la fois le clan familial et la communauté.
6. La communauté géographique est la dernière ligne de défense pour la famille te, même si elle est ‘mélangée’ [composée de population culturellement hétérogènes], elle toujours être traitée avec respect.
Pendant la conversion les communautés sont restées soudées indépendamment de l’adhésion éventuelle d’une personne au christianisme. La vision globale du mode à la James Russel n’a pas vraiment changé avant le déclin généralisé de la communauté rurale.
7. La terre sur laquelle repose la communauté géographique est sacrée ('holy').
Ici, le mot ‘holy’ ne signifie pas sacré au sens de l’eucharistie chrétienne, de la bible, ou du crucifix [ndt : je suis paumé là !] mais conserve plutôt le sens ancien de ‘whole’ (complet, entier). Vois la discussion ci-dessus en section 5.3. En d’autres mot les terres possédées ne sont pas séparées de leurs ‘propriétaires’. Une insulte faite au pays était traitée de la même façon qu’une insulte faite directement à ses propriétaires. Les terres du clan étaient un sujet central d’attention, son cœur, et ceci est très proche de la façon des russes de parler de la « chaude Terre Mère ».
8. La communauté est naturellement divisée en trois classes et chacune des classes doit honorer (‘worship’ ) de façon appropriée – la prière individuelle adressée directement aux dieux est un emprunt à la chrétienté fait il y a mille ans.
Ceci s’oppose à l’idée moderne de politiquement correct qui est basiquement un surgeon du concept chrétien amené dans la Nord pendant la conversion que « Nous sommes tous égaux aux yeux du Seigneur ».

Il ne répète pas la condition 9 dans 'Uncovering'.
9. Il faut développer de nouvelles ‘acquisitions’ [quant à la religion]
- qui ont une signification locale
- qui ne sont pas empruntées [à une autre vision du monde]
- qui sont cohérentes avec la vision germanique du monde.



Runi Le 18/07/2015 à 10h32


Je remets ce que j'avais dit dans l'autre topic:

À mon avis la lecture de son "Germanic Spirituality" gagne beaucoup à être complétée par celle de son Uncovering the Effects of Cultural Background on the Reconstruction of Ancient Worldviews

Il distingue trois types de pratiques:
_le reconstructionnisme: c'est à dire essayer de mettre en œuvre aujourd'hui l'ancienne vision du monde, en général à partir d'une seule tradition germanique.
_le revivalisme: c'est-à-dire tenter de faire revivre l'ásatrú en tant que religion moderne, généralement basée sur une vision syncrétiste des différentes traditions germaniques.
_le néo-paganisme: c'est-à-dire tout ce qui est éclectisme, wicca et autres trucs new-age.
Ce ne sont toutefois pas des catégories rigides, il s'agit plutôt d'une large spectre dont me reconstructionnisme et le néo-paganisme occupent les deux extrémités.
Pour lui il est impossible d'être tout le temps 100% reconstructioniste, sauf peut-être si on vit en ermite isolé du monde, parce que la vision du monde des anciens est trop en rupture avec le 21e siècle. C'est un point intéressant parce qu'en lisant son autre article, je m'étais précisément dit que certaines choses, comme ce qu'il évoque à propos des classes, ne pouvaient être que très difficile à mettre en œuvre dans le monde actuel sans entrer en rupture avec le reste du monde.

Techniquement donc selon la nomenclature de Bill Linzie, nous sommes une association revivaliste, dont les membres en sont à différents degrés de reconstructionnisme.

En ce qui concernent les héros, ce sont des gens qui sont à mi-chemin entre les dieux et les hommes, il est donc normal qu'ils aient une relation privilégiée avec les dieux.
En ce qui concerne la comparaison avec le christianisme, elle est caduque et sans objet parce qu'elle se base sur le christianisme actuel (en particulier évangélique et réformé), qui a à peu près autant à voir avec le christianisme médiéval que la wicca éclectique avec l'ásatrú reconstructionniste. Au Moyen Age, l'adressage direct à Dieu n'est pas d'usage commun et est principalement le fait des deux premiers ordres. Les gens modestes ne s'adressent pas directement à lui mais passent quasi-systématiquement par un saint intercesseur ou des défunts (tiens tiens). Le système a probablement été inspiré par l'usage païen, car ça n'existe pas vraiment chez les paléochrétiens.

Au niveau des trucs en provenance direct de la wicca et très répandus il y a en particulier l'ouverture de cérémonie faisant appel au marteau et aux points cardinaux.

Sarah Lazarey Le 18/07/2015 à 13h59


Pour répondre à la question en titre de topic, pour moi le reconstructionnisme* c'est quoi, et ce que je pense de cet aspect dans l'association:

Je pense que je n'ai pas encore assez d'expérience en la matière, cela dit j'ai pu remarquer qu'il y avait différents types de "reconstructionnistes". Ici, de ce que j'en ai vu sans encore être membre (bientôt, bientôt ! les finances c'est toujours pas ça xD) c'est un reconstructionnisme en phase avec notre époque, avec une éthique qui correspond à mes valeurs.

De mon point de vue de "nouvelle et pas encore membre", le reconstructionnisme de LEY me semble attaché aux sources anciennes (bah, c'est le but) tout en gardant une certaine lucidité et un certain recul.

Dans l'idéal, pour moi le reconstructionnisme doit être solide sur ce que les traditions nordiques ont été, tout en ajustant certaines choses (au plus proche possible de la reconstruction ancienne) vis-à-vis de certaines réalités contemporaines. Je n'ai pas d'exemple précis en tête... Sauf peut-être les sacrifices animaux ? Allons acheter une chèvre les amis ! Ou alors, sur la question de comment vivre sa foi au quotidien, dans un environnement qui n'est pas forcément nordisant. Pour moi, le reconstructionnisme ne doit pas isoler celui qui le vit du reste du monde qui ne pense et ne vit pas comme lui.

Gunnar Le 18/07/2015 à 18h08


« Sarah Lazarey:
Par contre en sortant dans la sphère "païenne" en ligne ou dans la vie, le terme "païen" et "néo-païen" ne veut pas dire grand chose, chacun se l'est approprié, sous le parapluie "(néo)païen" tu as une grosse soupe qui regroupe tout un tas de trucs... Je crois que la communauté "païenne" en général chez les anglophones a beaucoup plus de vocabulaire précis pour définir sa pratique. En france on a pas de traduction de "heathen" par exemple, non ? (Nordisant ?)”

C'est un point que je trouve crucial à notre niveau... Si pour autant je participerai en spectateur à votre débat reconstructionisme, survivalisme et autre, je trouve bien plus à propos que nous convenions d'une nomination générale, dénomination qui d'ailleurs, pourrait englober le compte rendu du précédent débat...
Car si Odinisme a désormais des fortes connotations politiques (Ásatrú + extrême droite), Ásatrú quant à lui est phonétiquement massacré par le français lambda (j'en fait parti) et même si la définition nous qualifie à juste titre, c'est un terme norrois et donc potentiellement discutable vis-à-vis de la reconnaissance nationale que nous souhaitons... Le Nordisme (nordisant) est à ce jour pour moi, le terme le plus adéquat mais avec l’adjonction de son cousin, le Germanisme...

Un terme français (ou franchisé) réunissant les deux et notre définition associative (reconstructionisme) pourrait vivement être envisagé et ferait jurisprudence au sein de l'Ásatrú francophone et du monde païen en général.

hund heidhinn Le 18/07/2015 à 19h29


Sarah Lazarey:
« 1. Pour moi, le reconstructionnisme ne doit pas isoler celui qui le vit du reste du monde qui ne pense et ne vit pas comme lui.
2.C'est quoi, un échange de religion ?
3.Les religions qui sont dans le rejet du monde ? C'est à dire ? Celles qui se concentrent sur "après la vie" ?
4. Quelles sont les classes ?
5. Tu peux pas enlever le droit d'essayer aux gens...
6. En france on a pas de traduction de "heathen" par exemple, non ? (Nordisant ?)”

6. ouf... et Gunnar t'a déjà un peu répondu à 6). On manque d'un mot mais c'est la langue française qui n'a pas 'heathen', pas nous. Et on va peut être le créer, comme il le demande.
5. On n'enlève rien à personne, nous on a le droit de dire à quelqu'un: "tu n'appartiens pas à notre classe (cf 4) car tu essaies seulement et reviens quand tu auras fini d'essayer.
4. Ce que tu cites n'est pas mon opinion, mais celle de Linzie, moi je ne fais que traduire du mieux que je peux. Il décrit sa notion de classe dans les 3 critères qui sont juste avant les machins en rouge.
3. Le rejet du monde est très bien décrit dans l'article dont parle Runi. J'essaie de donner demain un résumé de cet article, avec une bonne explication du terme "religions de rejet du monde". Pour Linzie ce sont les religions révélées.
2. Un échange... comme en français, on échange une religion pour une autre, on change de religion, si tu veux.
1. Isoler physiquement, c'est dangereux - ou encore plus certainement impossible - mais avoir une vision du monde différente et donc 'isolante' en un sens, ça oui!

hund heidhinn Le 19/07/2015 à 10h30
Résumé des 70 pages de ‘Uncovering the effects...'
par Bil Linzie




Bil Linzie (‘il’ dans la suite) souligne qu’il existe de nombreuses façons de classer les mouvements qui ont, depuis 1970, tenté de faire revivre des religions anciennes. Il propose que « une classification par intention soit utilisée dans cet article plutôt que les classification habituelles par langue parlée, période historique ou localisation géographique. »
Voici l’intégralité de cette classification (elle a déjà été résumée par Runi) :
Il existe trois approches principales, à savoir
Citation :
« - la reconstructionniste. Celle qui cherche sérieusement à reconstruire l’ancienne vision du monde, non pas pour mieux comprendre l’histoire mais souvent pour examiner l’applicabilité d’une telle vision du monde au 21ème siècle. Ces approches portent souvent toute leur attention à l’une des branches des anciens langages germaniques.
- la revivaliste. Celle qui vénère les Æsir et les Vanir et, souvent, des demi-dieux des anciens peuples germaniques, tels les elfes. Leur centre d’intérêt est souvent de faire revivre une religion Ásatrú au (?) 21ème siècle et à le régénérer comme une religion clairement moderne. Ce groupe de personnes a moins de chances de demeurer au sein d’une branche linguistique mais tend plutôt à mélanger les traditions du domaine germanique tout entier.
- la néo-païenne. Celle qui est la plus peuplée mais dont la composition est souvent transitoire. Souvent, ses adeptes viennent à la communauté païenne par les biais d’une religion new age comme la Wicca ou par une croyance spirituelle comme le néo-chamanisme et leur engagement dans la recherche reconstructionniste est moins probable. Leur recherche se centre plutôt sur la façon dont l’Ásatrú et les traditions populaires germaniques peuvent être utiles à l’ensemble de la communauté new age ».
Le lecteur doit remarquer que même si ces approches sont décrites comme des ‘catégories’, ce ne sont pas des descriptions statiques d’aucun individu particulier. De fait, on devrait les voir plus justement comme un continu dont le reconstructionnisme et le néo-paganisme représentent les extrêmes. »
Fin citation.
Les pages 10 à 20 contiennent une analyse de la façon dont la conversion au christianisme s’est déroulée dans la passé et, récemment aux États-Unis.

Il définit ensuite par comparaison deux concepts, la vision du monde et la culture. Comme il le dit : « La culture est n’est pas une vision du monde mais la force qui façonne la vision du monde… ». Je vais me permettre de simplifier en vous donnant ma compréhension de la chose : je crois qu’il dit que la culture d’une civilisation est l’ensemble des connaissances de cette civilisation. La vision du monde est alors l’ensemble des règles (conscientes ou non) qui gouvernent l’usage de cette connaissance.

Les 20 pages suivantes introduisent les 8 règles qui doivent être respectées pour la reconstruction de l’ásatrú. Elles sont exactement les huit premières données à la fin de mon résumé de ‘Germanic spirituality’, avec les commentaires que j’ai rajoutés en rouge à ma présentation de ce résumé.
Pendant ces 20 pages, il touche à plusieurs problèmes mais ce que j’ai trouvé de plus frappant est l’insistance qu’il met à caractériser les diverses religions révélées par leur « world-rejection », ce que j’exprimerai en français plutôt comme étant le « rejet des valeurs terrestres ». Cela comprend bien entendu la suprématie du céleste et du mystique sur le terre à terre et le rationnel. Il y rajoute une idée que je trouve assez ‘géniale’, c’est celle que ces religion de rejet des valeurs terrestres décrivent la vie comme une souffrance (d’où le rejet) et surtout comme un pèlerinage spirituel dans le but de s’améliorer – la notion d’amélioration étant variable selon les religions.

La fin de l’article est consacrée aux problèmes liés à la remise en cause de notre propre vision du monde (et avec honnêteté, à celle de Bil Linzie lui-même). Il conclut en donnant cinq règles pour pouvoir effectuer cette remise en question de façon efficace. Je vais résumer ces cinq règles comme suit :
1. Avoir une intention sincère d’analyser sa propre vision du monde.
2. Être honnête pendant ce processus. Ne pas oublier les aspects désagréables de la vision du monde, celle passée et celle recherchée !
3. Développer une capacité à suspendre temporairement sa vision actuelle du monde. Il dit « la séparation schizophrénique est un savoir-faire qui peut être appris … le succès exige de la pratique… ».
4. Il met en garde contre le fait de n’appartenir qu’à une seule culture. (Il pense visiblement à l’américain moyen mais quelques français sont assez forts aussi en monoculture ).
5. La durée est un facteur. Une nouvelle vision du monde n’est pas une ‘période’ de notre vie.

hund heidhinn Le 29/07/2015 à 11h30



J'ai analysé les affirmations de Linzie à ce sujet. Voici le résultat, désolé que la souris ait accouché d'une montagne (en taille).

Sur la question des contacts directs avec la divinité




Vous trouverez en appendice une citation ou un résumé des arguments de Linzie sur ce sujet : vous verrez qu’ils sont quasiment vides ou hors sujet.

L’argumentation de Linzie s’appuie donc sur l’exemple de la saga de Glúmr-Bataille (Víga-Glúms Saga). Son chapitre 9 décrit comment Glúmr, par une série d’habiles manœuvres réussit à isoler puis à faire condamner Þorkell, le père de celui que lui, Glúmr, avait assassiné. Þorkell quitte évidemment les lieux en étant désolé et en appelle à son dieu ‘patron’, Freyr.

Og áður Þorkell fór á brott frá Þverá þá gekk hann til hofs Freys og leiddi þangað uxa gamlan og mælti svo: "Freyr," sagði hann, "er lengi hefir fulltrúi minn verið og margar gjafar að mér þegið og vel launað, nú gef eg þér uxa þenna til þess að Glúmur fari eigi ónauðgari af Þverárlandi en eg fer nú. Og láttu sjá nokkurar jartegnir hvortú þiggur eða eigi."
Et bientôt Þorkelll voyagea vers Þverá alors il alla vers le temple de Freyr et conduisit à cet endroit un bœuf grand et parla ainsi : « Freyr, » dit-il, « que longtemps tu as été ‘pleinement-fidèle’ mien et beaucoup de moi il a été reçu et bien récompensé, maintenant je donne ce bœuf afin que Glúmr ne voyage pas non-détresse-‘avec’ vers Þverárland comme je voyage maintenant. Et fais (savoir) que (si) maintenant ces témoignages/offrandes tu acceptes ou non ».

J’espère que le mot à mot vous convaincra que je n’interprète pas abusivement le texte pour dire qu’il décrit une sorte de contrat réciproque entre Þorkelll et Freyr suivi d’une demande destinée à nuire à Glúmr, ce qu’on appelle une malédiction en termes clairs, ce qui exclut les 'influences chrétiennes' que Linzie cite si souvent. De plus, la notion de contrat (dont Linzie ne parle pas) est fondamentale dans la société scandinave ancienne, comme maintes strophes du Hávamál le prouvent. Dans ce même Hávamál, Óðinn décrit des opérations magiques de malédiction, en recommandant toutefois de ne pas en abuser dans la strophe 151. Le comportement de Þorkelll illustre donc parfaitement bien la vision du monde de la Scandinavie ancienne.
Par contre, je dois dire que l’argument ‘à la Linzie’ qui me saute aux yeux ici, c’est que Linzie admet l’existence de contacts avec les divinités à condition que l’officiant soit un représentant des classes haut placées de la société. De fait, la saga dit que Þorkelll s’est rendu quelque temps dans un centre de culte de Freyr dans lequel il a pu acquérir la compétence religieuse suffisante pour être un goði de Freyr. Il serait normal, selon Linzie, qu’il ait pu s’adresser directement à son dieu Freyr. Dans les trois exemples suivants, cette objection n’a guère lieu d’être appliquée.

Une autre critique est que Linzie oublie de citer la Saga de Erik le Rouge qui contredit ses affirmations de façon différente de la précédente. Un épisode du chapitre 8 décrit le comportement de Þorall le Chasseur. Celui-ci vit au milieu de chrétiens et il en subit certainement l’influence mais comme il est un ‘hund heidhinn’ (‘chien de païen’ pour désigner un païen têtu dans son refus de la chrétienté), il est en conflit avec eux. Sa position sociale est plutôt basse dans ce groupe. Alors que la disette règne dans son groupe d’islandais, il s’isole pour attirer une baleine qui s’échoue. Il s’exclame alors (ma traduction est mot-à-mot) :

« Var eigi svo að hinn rauðskeggjaði varð drjúgari enn Kristur yðvar?
N’était-il pas ainsi que lui rouge-barbe (Þórr) se montre meilleur que le Christ à vous ?
Þetta hafði eg nú fyrir skáldskap minn er eg orti um Þór fulltrúann.
Ceci (la baleine échouée) car j’ai composé un skáldskap (‘composition poétique’ ou un ‘façonnement poétique’ ) au sujet de Þórr le fulltrúi (‘complet-en_qui_on_a_confiance’, ou le ‘patron’ comme disent les anglais).
Sjaldan hefir hann mér brugðist.
Rarement a-t-il moi déçu. »

On peut toujours supposer que Þorall s’est inventé son propre patron, Þórr, pour s’opposer au 'patron' des chrétiens. Mais, Linzie affirme que les contacts direct avec les dieux n’existent pas excepté pour des ‘spécialistes’ familiaux ou de la communauté. Comment se fait-il que ce type assez ordinaire puisse avoir des contacts directs avec Þórr sans passer par les spécialistes familiaux ?

Voici maintenant deux exemples, parmi cent autres, qui ne seront pas détaillés mais qui illustrent bien que le contact direct avec les dieux fait partie de la vision du monde scandinave ancien.
- Le premier est celui de Gestumblindi qu’on rencontre dans la saga de Heiðrekr. L’épisode qui nous intéresse est le chapitre 10 de cette saga. Ce sont les énigmes de Gestumblindi qu’on présente souvent de façon isolée de la saga. Gestumblindi est en difficulté avec le roi Heiðrekr qui le convoque pour régler leur différend. Gestumblindi sait qu’il est un peu balourd et il demande l’aide d’Óðinn en lui faisant un sacrifice. Óðinn est d’accord et prend la forme de Gestumblindi pour rencontrer Heiðrekr. Voilà donc un exemple d’un contact direct sans que ce balourd de Gestumblindi soit considéré du tout comme un goði.
- Le second est tiré de la saga de Gautrek. Il va présenter deux exemples de contacts directs avec les dieux Óðinn et Þórr. Dans cette saga, Óðinn, visiblement, ‘veut la peau’ du roi Gautrek et, comme on le dirait aujourd’hui, il instrumentalise un serviteur fidèle de Gautrek, Starkaðr. Sans besoin de donner plus de détails, voilà un contact direct s’il en est… un peu trop direct est le seul commentaire qu’on puisse en faire. De plus, la saga présente une sorte de duel entre Óðinn et Þórr ou le premier défend Starkaðr et où le second le maudit systématiquement. La raison de cette hargne est expliquée par Þórr qui avoue :
« Áfhildr, móðir föður Starkaðs, kaus föður at syni sínum hundvísan jötun heldr en Ásaþór… »
Áfhildr, la mère du père de Starkaðr, a choisi (comme) le père de son enfant un ‘cent fois’-sage (très sage) Jötun (Géant) plutôt que Ásaþórr…
Ainsi la grand-mère de Starkaðr a évité un contact comiquement direct avec Þórr dans lequel on voit mal la nécessité d’un spécialiste pour ‘tenir la chandelle’.

Il semble ainsi que la littérature scandinave ancienne contredise clairement l’existence d’un corps de spécialistes qui serait le seul à pouvoir entrer en contact direct avec les dieux. Si on examine le contexte historique dans lequel s’est produite la conversion des pays scandinaves, on s'aperçoit que l'église catholique romaine ne pouvait que s'opposer à la notion de 'contact direct avec les dieux'.


Dans la mesure nos textes et le contexte historique s'opposent tous les deux à l’argument de Linzie, je crois préférable de rayer définitivement cette idée du reconstructionnisme ásatrú.




APPENDICE




Les parties entre " " sont des citations textuelles de Linzie. Elles sont là pour vous informer et ne reflètent pas mon opinion.

GS2003, p. 18-19 : « Cette nouvelle génération a aussi tendance à souligner qu’il n’y a pas de distance entre l’individu et son dieu… Le témoignage de la littérature des sagas et aussi les premiers écrits des chrétiens tendent à suggérer que la plus grande partie des prières étaient plus certainement adressées à la classe immédiatement supérieure, habituellement aux parents et grands-parents…Des relations personnelles avec Jehova/Jésus étaient un ‘argument de vente’ (« selling point ») pour la chrétienté, principalement parce que de telles relations personnelles avec les dieux n’existaient pas pour le païen commun. De rares personnes dans les sagas sont désignés pour avoir eu une relation spéciale avec certains dieux et ont été alors appelés des « amis de [nom de la divinité]. Ces hommes (le plus souvent des familles) ont été désignés comme étant des blótsmenn, ceux qui exécutent les sacrifices pour les autres. Les familles sacrifiaient aux ancêtres, à des elfes locaux, des protecteurs locaux comme les dísir, et sur les tombes des remarquables dirigeants de la communauté, en général».

Dans (UECB2004), p.63-64, il touche au sujet par l’intermédiaire du thème de la rédemption, mais ses seuls exemples sont issus d’une liste de mails de personnes qui se prétendaient en relation directe avec leur dieu.

Dans, (IACNH2005), p. 9 et 23-26, il traite le sujet un plus longuement. Cependant, il se contente de parler de l’usage du mot filtrúi (« celui on a entièrement confiance ») dans la Saga de Víga-Glúms, et utilise uniquement l’interprétation générale de cette saga par DuBois, à savoir qu’elle oppose la brutalité païenne à la douceur chrétienne, ce qui ne change rien à la notion de ‘dieu-ami’ qui est le vrai sujet. Dans le chapitre sur « Heathen concept of ‘Patron-God’, p. 23-26, il parle d’autre chose pendant 2 pages et demi. Enfin, « returning back to the subject at hand », il dit que les divers villages, comme montre leur nom, ne vénéraient pas les mêmes dieux et affirme encore une fois sans apporter plus d’information objective que « le concept de ‘personal patron’ n’apparaît que dans la saga de Víga-Glúms et comme la saga elle-même semble avoir été écrite très tardivement et principalement pour un public chrétien, l’idée de ‘personal patron’ doit être vue avec suspicion ».
Il est bien connu que cette saga est tardive et pour un public « chrétien » (et j’ajoute : seulement en ce sens qu’il était obligatoire d’être chrétien sous peine de bannissement depuis 1017). Dans le texte, nous avons vu en quoi cette citation est typique d’une vision du monde scandinave ancien.

Spyre25 Le 29/07/2015 à 16h15


Mais alors pourquoi Linzie a-t-il tiré une telle conclusion alors que tout semble le contredire?

hund heidhinn Le 29/07/2015 à 17h33


Il doit y avoir plusieurs raisons.
D'abord, tu vois qu'il est très dogmatique et qu'il s'oppose violemment aux wiccans. Bon, tu sais qu'ils sont souvent assez éclectiques ('=' non dogmatiques) et qu'ils affirment un peu n'importe quoi, en particulier le droit de chacun à se 'créer' ses propres dieux. Sur la liste wiccane éclectique (la LWE) je me souviens d'une dame qui me disait que son "Electrica" (ou un nom inventé de ce type pour une déesse de l'électricité) valait bien mon Þórr . Ca irrite, ces trucs.
La colère a dû l'aveugler un peu.
D'autre part, cette manie moderne d'enlever toute valeur à nos textes fondateurs (elle s'applique encore plus aux textes celtes) le porte à utiliser nos mythes du bout des lèvres ce qui le prive d'une source précieuse de connaissances. Il faut s'en méfier mais ne pas les oublier à mon avis.
Pour l'oubli des périodes historiques où tout cela se passait, bé, il n'a pas dû y penser, je suppose. C'est un peu par hasard que j'ai trouvé cet argument, bien sûr, l'histoire de la chrétienté ne me passionne pas tellement, moi non plus. Là, je lui trouve beaucoup d'excuses! à pleines dents...

skogadis Le 29/07/2015 à 22h0


Dans le dico de mythologie nordique de Simek, à l'entrée "priests", il dit que, pour la germanie continentale (si on peut appeler ça comme ça) Tacite mentionne l'existence de prêtres dans sa Germanica. Pour la partie Scandinave, il parle des goði, qui particulièrement en Islande avaient aussi des fonctions de chefs de district. Il dit que les voyantes avaient aussi probablement des fonctions de "prêtrise".
A l 'entrée Goði, il indique qu' on sait très peu de choses sur leur rôle religieux, et leur fonction dans le culte, vu que leurs fonctions de constructeurs et gardiens d'un temple sont des interprétations des chercheurs (traduit/résumé de l'édition anglaise)

(nb: pourtant dans la saga de Snorri le goði il construit et se charge de l'entretien d'un temple...)

Cela semble indiquer qu'historiquement en tout cas, on ne connait que mal le rôle de ces personnes, et on ne sait pas si elles étaient "spécialisées dans la relation avec les dieux"..et donc encore moins si cette éventuelle spécialisation était une compétence exclusive.

Après, que la relation directe soit une notion chrétienne, je suppute qu'il s'est peut-être mélangé les pinceaux avec une idée moderne: j'étais athée, mais les vieilles de ma famille quand j'étais petite étaient catho, et pour elles, pour demander quelque chose de précis, il fallait s'adresser à un saint (il y en avait même un pour retrouver les objets perdus...) Ca les choquait quand on leur a expliqué qu'elles pouvaient s'adresser à leur dieu directement, et en plus en lui disant "tu" (je suppose que c'est dû à Vatican 2, chez les cathos en tout cas, mais bon, moi non plus ça ne me passionne pas trop de chercher sur ça).

Spyre25 Le 30/07/2015 à 10h17


Je vois le goði comme étant le maître de cérémonie lors des blót et non pas comme CELUI qui a la sagesse nécessaire pour s'adresser aux dieux. Pour moi, chacun peut s'adresser directement aux dieux, à partir du moment où l'on sait s'adresser à eux avec respect, et chacun est libre d'avoir un dieu qu'il préfère.

SebMax Le 01/08/2015 à 13h15


Je dois admettre qu'il est fort difficile pour moi de comprendre le point de vu chrétien, n'ayant jamais été chrétien (vu que ce mot est utilisé régulièrement dans les posts), ni d'aucune autre religion actuelle, certains principes sont donc curieux, voir incompréhensible pour moi. La question donc d'adoption du processus religieux est compliqué à comprendre à mes yeux.

Dans ma famille, les règles sont simple : aime ta famille, défend là. Aime ta terre, défend là. Aime les Dieux : chacun apport à l'autre ce qui lui manque. C'est un partage, une communauté. Pas d'individualisme, c'est un renforcement du sang et des humains. En revanche, lorsqu'il est question d'une personne extérieure qui viendrait foutre le bordel : je ne dirais pas ce qu'il se produit dans ces cas là.

Je me suis intéressé au new âge fût une époque, en essayant même de me joindre à des groupes afin de voir un peu les choses. Constat dramatique que j'observais : en majorité, l'humain évolué ne réagit qu'avec ego. "J'ai obtenu ceci", "j'ai fait cela", "je suis ceci", "je suis cela", "moi, j'ai mon 3ème degré de reiki, pas toi...". Pfuuuu gonflant ! Rien concernant nos ancêtres, rien concernant notre partage avec les Dieux. Il s'agissait d'une course à l’échalote de celui qui sera le plus évolué : à gerber.

Je pense donc que le reconstructionnisme est tout à fait honorable, à une seule condition : qu'il soit réellement la reconstruction de ce qui existait, et pas de ce que certains pensent du sujet. Je le remarque constamment dans mon milieu pro. Des amalgames ainsi que des croyances erronées ou idiotes pourrissent réellement notre conception des choses (ainsi que notre société).

Un exemple tout bête : lorsque je parle de religion nordique ancienne, dans mon milieu pro, on me dit régulièrement : "hahaha, encore un viking barbare". Oui, je me revendique viking, mais pas comme ces gens l'entendent. Premièrement, le mot viking ne désigne pas une personne physique, mais allez faire entendre cela à des gens qui pense que la série "Vikings" représente l'ultime vérité concernant nos ancêtres...

Pour en revenir à l'article, je pense qu'il y a un problème concernant l'individualisme. A lire l'article, l'individualisme est un concept étranger et moderne, mais ne détaille pas plus. Je trouve que la note apportée (en rouge) apporte justement une réalité plus forte concernant cette phrase : à l'époque viking, l'individualisme existait (chaque humain peut réaliser cela), mais effectivement : il servait principalement à la réflexion du renforcement social, ce qui est vraiment très important, car pour l'époque : cela était une innovation (comparez le rôle de la Femme en société viking et chez les chrétiens, par exemple). Je ne parle pas ici des personnes qui calcule et manipule pour leur confort personnel, ceci n'est pas le but de ma phrase.

Pour conclure, le reconstructionnisme oui, mais pas à n'importe quel prix. La réalité est que, pour ma part, je réalise des rituels généralement seul, car les compagnons (féminins et masculins) avec qui je peux le réaliser sont un peu partout dans le monde. Cet acte n'est pas individualiste, car partagé avec les Dieux. Il vaut mieux être seul que ma accompagné, lorsque nous réalisons une chose aussi intime.

Le reconstructionnisme ? Oui, mais sur quel base ? Celle d'un historien qui retrace les choses face à sa lecture de parchemin (et lesquels j'ai envie de dire) ? Celle d'un chrétien impressionné en 850 qui raconte je ne sais quelle idiotie ? Celle de pratiquants de Norvège, suivant les rites de leurs familles ?

Justement : par lequel seriez-vous intéressé, ou justement utilisez-vous dans votre vie de tous les jours ?

N'HESITEZ PAS A DONNER VOTRE AVIS INDEPENDEMMENT DE CELUI DE LINZIE: QU'EST LE RECONSTRUCTIONNISME POUR VOUS? soit ICI soit sur le FORUM. CELA CONSTITUERA UNE AUTRE (FUTURE) PAGE

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